Cérémonies du 8 mai 2010


Ce 8 mai 2010 fut exceptionnel pour Florac. Après le traditionnel dépôt de gerbe pour le 65e anniversaire de l'Armistice au monument aux morts s'est déroulée une cérémonie d'hommage à deux résistantes floracoise : Suzette Agulhon et Simone Serrière. L'école élémentaire porte désormais le nom de la première, l'école maternelle celui de la seconde. Florac a ainsi voulu rendre hommage à Simone, une Juste parmi les Nations (qui a caché des Juifs pendant la guerre) et à Suzette, une combattante de l'ombre qui renseignait la Résistance sur la base de documents en provenance de la sous-préfecture. La population floracoise a répondu en nombre à l'invitation de la Mairie, montrant ainsi qu'elle s'appropriait complètement l'événement : plus de 240 convives au buffet républicain préparé par le restaurant « Le camisard » à la salle des fêtes! Les visiteurs se sont pressés pour admirer à l'école l'émouvante exposition préparée
depuis plusieurs mois par les élèves, dont le travail a été souligné par le beau film de Christian Ayesten. Les discours des personnalités furent dignes et souvent poignants. Et quand la chorale des « Hussards de la République » a entonné le « Chant des Partisans », « Nuit et brouillard » ou « Terre de détresse (piocher !) », beaucoup de regards se sont embués. Voici le texte du discours prononcé par le maire de Florac Daniel Velay.
« Donner un nom à une école n''est jamais anodin et peut même parfois s''apparenter à un choix cornélien. Alors, choisir un nom pour deux écoles constitue un acte politique des plus ardus.
Aussi il a fallu mobiliser les forces vives locales. Le projet avait été inscrit il y a quelques années dans le cadre du projet d''école mais n''avait pas abouti jusqu''ici. La réflexion a donc tout naturellement été relancée et animée par la commission municipale des affaires scolaires, sous la houlette de Guillaume MARTIN et Véronique DESSAINT, élus délégués, en étroite complicité avec les directeurs, SANDRA MENOUX et Stéphane MAURIN, l''équipe enseignante et les représentants des parents d''élèves.
Le sujet a enthousiasmé les acteurs de la vie scolaire et rapidement, un consensus s''est dégagé. De la volonté initiale de concertation est donc né un véritable projet pédagogique, donnant tout son sens à la démarche.
Les choix de noms ont été entérinés par le Conseil municipal lors de sa séance du 2 juillet 2009. Le dévoilement des plaques intervient symboliquement aujourd''hui, 8 mai 2010, après deux trimestres scolaires durant lesquels enseignants et écoliers se sont attachés à cultiver le devoir de mémoire.
J''en profite ici pour renouveler mes sincères remerciements à Monsieur David DAVATCHI, Directeur de l''ONAC et à l''ensemble des anciens combattants qui, par leurs témoignages et interventions, ont donné corps au projet.
Je remercie également Monsieur Christian AYESTEN qui a bénévolement réalisé le court métrage qui vous a été présenté tout à l''heure.
Le nom de Simone SERRIERE a ainsi été unanimement retenu par les élus floracois pour l''école publique maternelle :
« C'était une petite jeune femme au visage rond et amical, toujours souriant, (…) qui prononçait la fin des mots avec son inimitable accent du sud. (…) J'ai commencé à comprendre que Simone n'était pas une femme comme les autres, mais un ange envoyé pour nous sauver. » Voilà comment, dans un livre édité à New York en 1988 et malheureusement pas encore traduit en français, le peintre et dessinateur Jacob Barosin décrivait Simone Serrière née Baldy, à laquelle, lui-même et sa femme violoniste Sonia, doivent probablement la vie. C'est Simone Serrière elle-même qui est allée voir après le culte le pasteur Gall de Florac pour lui offrir ses services pour cacher des Juifs. Jacob et Sonia se sont donc installés au premier étage de l'école de Monméjean où Simone était institutrice. Prévoyant que les habitants du village se douteraient vite de la présence du couple, le pasteur décida de les en informer. Et tous se sont tus.
Et les Nazis ou la milice ne se sont jamais posé la question de savoir comment une si frêle jeune femme déjà mère de famille pouvait avoir un tel appétit en voyant la nourriture qu'elle transportait dans le panier sur le porte-bagage de son vélo. Simone Serrière a reçu en 1985 le titre de « Juste parmi les Nations » et un cèdre est planté à son nom au mémorial de Yad Vashem, à côté de Jérusalem. »
Les élus floracois ont également unanimement décidé de dénommer l''école publique élémentaire du nom de Suzette AGULHON :
« Ce que j'ai fait, déclarait Suzette Agulhon, je n'en tire aucune gloire. Je devais le faire, c'était naturel pour moi et ma famille (…) J'ai pardonné, mais je ne pourrais jamais oublier. » Suzette Agulhon travaillait dans un bureau que l'on imagine gris et poussiéreux à la sous-préfecture. Elle faisait partie du NAP, le noyautage des administrations publiques de la Résistance. Elle transmettait des notes et des circulaires présentant un intérêt pour les résistants, en particulier à Marceau Farelle, mort sous les tortures de la Gestapo et dont notre esplanade porte le nom. Alors, que ne pouvait-elle oublier, Suzette ? Sa brutale arrestation ? L'évasion à bicyclette du camp de Gurs, au Pays-Basque, après laquelle, malade et couverte de vermine, Suzette sera recueillie par un couple d'Orthez en attendant la libération de Florac ? Ou bien le mouchoir brodé que lui a confié une petite jeune fille juive à la prison de Mende, avant de la voir disparaître à jamais ?
Il n'est pas de mémoire qui ne soit une mémoire vivante. Et pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient. Voilà pourquoi les élèves ont travaillé sur le destin de nos deux héroïnes et sur l'histoire de cette période en général afin qu'ils sachent qu'ils vivent sur une terre de tolérance, de résistance et, s'il le faut, de combat. Simone et Suzette nous ont quittés. Connaissant la discrétion et la modestie qui les caractérisaient toutes les deux, elles auraient probablement rougi de l'hommage que nous leur rendons. Alors je voudrais dire aux membres de leurs familles qui nous ont autorisés à utiliser leurs noms : nous sommes fiers, très fiers de Suzette et Simone et nous savons qu'elles serviront d'exemples aux élèves de nos écoles qui puiseront dans le récit de leur héroïsme les valeurs immortelles de la République.
Je vous remercie
Video à voir en cliquant ici :
http://www.teledraille.org/portail/index.php?hommage-femmes-resistantes-florac